Li
Tèms CALENDAU
Parmi
toutes les fêtes calendaires, celle de Noël est
la plus importante aux yeux des provençaux. La période
des fêtes de Noël « li Tèms CALENDAU» commence
le 4 décembre, jour de la sainte Barbe, et va jusqu'à la
chandeleur.
Le
4 décembre jour de la sainte
Barbe
On met à germer quelques grains de blé ou des lentilles
ou des pois chiches dans 3 petits « sietouns » (soucoupes) pleines d'eau,
sur un lit de coton. On place ensuite ces sietouns au-dessus de la cheminée,
bien au chaud et on n'oublie surtout pas de les arroser régulièrement.
Plus les pousses seront hautes, vertes et drues le 24 décembre, meilleures
seront les récoltes ou plus il y aura de bonheur dans la maison. Ce
blé ou ces lentilles figureront sur la table calendale le 24 décembre,
puis devant la crèche et, une fois flétris, il faudra bien se
garder de les jeter car ils ont des vertus magiques. On les transplantera dans
un champ ou on les brulera et on jettera les cendres recueillies dans un champ
dans l'espoir de bonnes récoltes. Certains vont les faire sécher
et les mettre dans un petit sachet conservé dans une armoire et en jettent
une petite poignée dans le feu les jours d'orage pour éviter
la foudre.
La
quinzaine avant noël :
Traditionnellement, pendant la quinzaine de jours qui précèdent
noël, les femmes effectuent un grand nettoyage des étables , ceilliers,
maison pour recevoir parents et amis On fait également les provisions
de bouche pour le réveillon et on s'envoie réciproquement toutes
sortes de petits présents appelés « calenos » qui
peuvent être des fruits secs, des fruits confits, des gâteaux,
des légumes, du gibier, des poissons,...
Le
17 décembre :
8 jours avant noël, les cloches sonnent à toute volée :
on dit qu'elles « sonnent les eaux ». celà rappelle les
souffrances de la vierge. Ce jour-là, par jeu de mot, on chante des
cantiques commençant par «O».
Le
24 décembre :
Voici venu le grand soir du réveillon. A cette occasion, toutes les
familles se trouvent réunies pour célébrer dans la joie
la fête de la Nativité. On oublie les querelles, c'est l'occasion
de se réconcilier.
Ce sont les préparatifs : on prépare la crèche avec les
moyens du bord. l'arbre de noël était une grosse boule de laurier-tin
agrémentée de rubans de couleur, d'oranges, de mandarines...
La branche de houx placé au-dessus de la porte d'entrée, est
un signe de bienvenue ; et en Provence surtout pas de gui, celà porterait
malheur.
En Provence les paysans pensent d'abord aux animaux : ils leur donnent une
double ration le 24 décembre au soir ; c'est ce que l'on appelle le « noël
des animaux » ; même les oiseaux ont droit à leur noël
: on leur jette quelques miettes de pain ou quelques grains de blé dehors.
Les femmes sont maintenant dans leur cuisine où elles préparent
le repas. Les enfants vont chercher la mousse pour la crèche et ne sont
ainsi pas dans les jambes Les hommes tirent le vin, leur meilleur, et préparent
la table.
La
table est prête , et quelle table! :
couverte de 3 nappes blanches superposées, éclairée de 3 chandeliers
et égayée des 3 soucoupes de blé ou de lentilles
de la sainte Barbe, 3 toujours pour rappeler la sainte trinité.
On a sorti les plus beaux couverts, les plus belles assiettes, sans
oublier celle pour le pauvre. Au centre de la table est posé le
gros pain calendal ; il est coupé en 3 . une part est réservée
pour le pauvre, une deuxième, la plus grande, est servie aux
convives, et la troisième sera conservée dans l'armoire
pour protéger la maison de l'orage et de l'incendie. Autour
de ce gros pain calendal partagé en 3, il y a 12 petits pains
qui veulent symboliser les 12 apôtres autour de Jésus.
le cacho fio
C'est une véritable cérémonie : le plus agé et
le plus jeune de la maisonnée entrent en portant religieusement la bûche
d'arbre fruitier choisie quelques jours auparavant ; ils font 3 fois le tour
de la table, la déposent sur les chenets et l'enflamment. L'aïeul
prend alors le verre de vin cuit, en asperge la buche enflammée à 3
reprises en prononçant les paroles sacramentelles) :
Alègre! Alègre !
Dieù nous alègre.
Dieù nous fague la gràci de vèire l'an que vèn
!
Se sian pas mai, au mens, fuguen pas mens !
-
ce qui signifie? - joie! joie! Dieu nous donne la joie! Dieu nous
fasse la grâce de voir l'année
prochaine. Si nous ne sommes pas plus, au moins que nous ne soyons
pas moins!
L'aïeul trempe alors les lèvres dans le vin, passe ensuite
le verre au plus jeune, qui fait de même, puis chacun à son
tour en boit une gorgée. Les cendres ne seront pas jetées,
on les répandra dans un champ pour le rendre fertile, ou dans
le poulailler pour assurer la santé des volailles. Il est
temps maintenant de passer à table pour partager « lou
gros soupa». Le repas est maigre, ce qui ne veut pas dire pour
autant qu'il y a peu à manger, mais simplement qu'il n'y a
pas de viande. Il est par contre fastueux,il comporte 7 plats pour
rappeler les 7 sacrements. Ce long repas commence en général
par des légumes crus ou cuits trempés dans une vinaigrette
chaude aux anchois, « la bagno caudo », il se poursuit
par un poisson en « raïto » c'est-à-dire
frit, le plus traditionnel est la morue servie avec des cardes ou
des épinards, un autre plat de légumes, choux fleur
en béchamel ou gratin de courge,ou un plat de pates, encore
un plat de poisson (rouget, loup,...) et un plat de légumes,
de la salade et du fromage, cantal en particulier. Tout celà est
accompagné d'un vin clairet. Ce repas dure fort longtemps
et c'est l'occasion de raconter des histoires, de faire le bilan
des évènents de l'année ou de faire des farces.
Voici maintenant le moment tant attendu, par les enfants mais aussi
par les anciens : les 13 desserts .
D'abord les fruits secs, les 4 mendiants, ainsi dénommés
car leurs couleurs rappellent la robe des 4 ordres monastiques :
- les noix ou les noisettes pour la robe fonçée des
Augustins,
- les figues de la couleur grise des Franciscains,
- les raisins bruns comme la robe des Carmes,
- les amandes pour la robe écrue des Dominicains.
S'ajoutent les dattes, le nougat blanc et le nougat noir, la pompe à huile,
c'est une fougasse, typiquement provençale, qui doit absolument être
rompue et non coupée au couteau sous peine d'être ruiné dans
l'année.
Viennent
ensuite les fruits frais qui peuvent varier selon l 'endroit :
les oranges signe de richesse,
les mandarines dont on faisait des
petites lampes à huile posées devant la crèche,
ou des poires, des pommes, les melons d'hiver ou les pâtes
de fruit et les papillotes. Ces 13 desserts sont accompagnés
du meilleur vin cuit de la maison.
On
veille en attendant le messe de minuit et on chante des noëls "Nouvé" en
buvant de la liqueur. Les petits s'amusent dans un coin, surveillés
par la grand-mère.
Avant
de partir à la messe, on ne lève surtout pas
la table et on laisse même les miettes de pain dessus pour
les petites âmes des morts de la famille. On relève
les 4 coins des nappes releve pour que les mauvais esprits ne puissent
pas grimper sur la table
les
hommes aident très galamment les femmes à mettre
leur cape, mettent leur propre cape, leur chapeau, prennent leur
baton de berger, la lanterne, et de quoi faire une offrande, on sort.Avant
la messe, à l'extérieur devant un grand feu ou dans
l'église, on assiste à une veillée avec des
scènes pastorales. Au moment de l'offrande, tous s'avancent
vers l'autel avec leur présent : agneau, légumes, poissons,...,
précédés des joueurs de tambourin et galoubet.
La
messe prend fin... on retourne à la maison plus silencieux,
plus recueilli, les jeunes enfants déjà endormis.
Le
25 décembre : Fini le repas maigre! on mange
la dinde à la
broche, rotie au four, farcie aux marrons ou avec de la chair à saucisse
aux olives noires. Certains préfèrent l'oie.
« Que l'an que vèn, n'en faguen autant »!
- Que l'année prochaine nous en fassions autant!
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