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Lorsque l'enfant paraît en Provence

La chapelle Saint Arnoux, dans les gorges du Loup, est réputée pour assurer aux provençaux une belle descendance! Les couples s'y rendent en pèlerinage pour implorer le saint.

Pendant la grossesse, les femmes se mettent sous la protection de la Vierge qui écarte les dangers et leur apporte son aide quand elles sont sur le point d'accoucher.
Il faut dire qu'en Provence, lorsque tout va mal dans une famille, que les bêtes tombent malades, que le vin tourne, que la viande faisande, que des accidents arrivent de façon répétitive, on sait que la ferme est "emmasquée", c'est-à-dire qu'un sorcier ou une sorcière, un "masc" ou une "masco", a jeté un mauvais sort aux habitants de cette demeure. Pour se protéger des mauvais esprits et des "masco", on a recours au sel: un petit sachet de sel fin cousu au revers d'un vêtement préserve celui qui le porte.

Lorsque la jeune femme ressent les premières douleurs de l'enfantement, le futur père de famille va chercher la sage-femme du village, la "bailo", afin qu'elle aide sa femme à accoucher et à supporter les douleurs, "lei ramado".
A peine né, l'enfant est soigneusement essuyé par la "bailo", emmailloté et déposé sur le lit de sa mère qu'il ne quittera plus jusqu'aux relevailles. On évite ainsi que de mauvais esprits viennent tourmenter l'enfant dans son berceau.

Dès que l'accouchée, la "jacudo", a repris ses esprits, on vient la féliciter dans sa chambre. Les voisines sont parmi les premières; apportant des offrandes symboliques, lei presênt, du pain, du sel, un oeuf et une allumette, elles s'adressent au nouveau-né:
"Siegués bouan coumo lou pan, sagi coumo la saou, plen coum'un iou, e lou bastoun de vieillesso de tei parens!" (sois bon comme le pain, sage comme le sel, plein de santé comme un oeuf et le bâton de vieillesse de tes parents!)

Tous les visiteurs prononcent la phrase consacrée : "Qué lou bouan Diou nous fasse la graci de lou veire marida" (que le bon Dieu vous fasse la grâce de le voir marié) et laissent un peu d'argent à la maman afin de ne pas emporter son lait et si l'enfant est changé pendant la visite, ils restent jusqu'à ce qu'il soit complètement emmailloté pour ne pas emporter son sommeil.

Le baptême a lieu le plus tôt possible après la naissance. Le choix des parrain et marraine est primordial car, là encore, les masco sont à craindre! Le baptême crée des liens de parenté entre le parrain et la marraine, qui s'attribuent mutuellement les noms de compère et commère. Il est de coutume que le parrain offre la chaîne et la médaille de baptême en argent et que la marraine confectionne la robe de baptême. Le matin du baptême, la marraine offre 6 douzaines d'oeufs à la jeune alitée pour lui rappeler qu'elle ne doit pas sortir, ni même se lever, tant qu'elle ne les a pas tous mangés.
Pour la cérémonie du baptême, le cortège se rend à l'église dans un ordre bien déterminé, précédé d'un tambourinaire. La marraine porte le bébé. Les cloches sonnent pour écarter le démon et annoncer l'entrée en chrétienté du nouveau-né.
Pour que la cérémonie se déroule bien, on ne doit pas faire d'erreur dans l'annonce des noms et prénoms car une masco pourrait en profiter pour prendre un pouvoir sur l'enfant, pour lui lever la tétée peut-être. L'enfant refuserait alors le sein maternel et se laisserait dépérir.
A la sortie de l'église, le parrain et la marraine doivent offrir des dragées à la famille et aux amis et jeter des pièces aux enfants qui crient: "peirin couguou! meirin cigale!" (parrain coucou! marraine cigale!) "peirin, peirin! jitas peirin!" (parrain, parrain! jetez parrain!) Après son baptême, l'enfant a un ange-gardien qui ne le quitte plus pour l'aider et le protéger.

Le jour des relevailles est choisi soigneusement: pas un jour impair, surtout pas le 13, de préférence un mardi, ou bien un jeudi, ou, mieux encore, un samedi.
Cette cérémonie, qui correspond à la première sortie de la mère, est indispensable, même si l'enfant meurt à la naissance ou si la mère fait les frais de l'accouchement. Si elle n'avait pas lieu, cela serait préjudiciable pour l'enfant ou pour la mère, ou encore pour celle qui viendrait à prendre sa place dans le futur, Si la mère décédait.

La cérémonie se déroule en l'absence de toute personne masculine, hormis le curé. Le matin, la "bailo" et la marraine se rendent chez l'accouchée pour l'aider à se préparer et l'accompagner à l'église. L'accoucheuse porte l'enfant en faisant reposer la tête de celui-ci sur son bras droit, la mère marche du coté de la tête de son enfant, exerçant l'influence morale,et la marraine se place du coté des pieds du nouveau-né, exerçant l'influence physique, les autres femmes suivent par ordre de parenté.

Dans l'église, la marraine et l'accouchée, encore impure, se placent au fond pendant la messe basse; elles ne s'avancent vers l'autel qu'à la fin de l'office et la jeune mère reçoit alors la benédiction purificatrice.

Au retour de l'église, l'enfant est mis pour la première fois dans son berceau, sans crainte à présent des mauvais esprits, d'autant que la sage-femme lui remet l'évangile, qui est non pas un livre, mais un petit coussinet béni, tissé par ses soins, le prévenant de tous maléfices et symbolisant la trame de la vie.